Sur l’ensemble de l’année 2025, le taux d’épargne des ménages français s’est établi à 18,3 % du revenu disponible brut, en légère progression par rapport à 2024. Pour trouver trace d’un niveau comparable, il faut remonter à 1979 — soit près d’un demi-siècle — en dehors de la période exceptionnelle du Covid. Plus frappant encore, le taux d’épargne financière a atteint 9,1 %, son plus haut niveau depuis que l’INSEE a commencé à mesurer cette donnée en 1950.
Derrière ces chiffres se dessine un comportement qui dure depuis cinq ans. Les ménages encaissent les crises les unes après les autres — pandémie, guerre en Ukraine, conflit au Proche-Orient, poussée inflationniste, instabilité politique en France, retour de Donald Trump à la Maison-Blanche — et chaque nouvelle secousse renforce le réflexe de précaution. Résultat : même quand le pouvoir d’achat s’améliore légèrement, la consommation ne suit pas. Au premier trimestre 2025, alors que les revenus gagnaient 0,3 %, les ménages réduisaient simultanément leurs dépenses de 0,2 %.
L’assurance vie grande gagnante, le Livret A délaissé
Tout cet argent mis de côté ne loge pas aux mêmes endroits qu’avant. L’assurance vie a capté l’essentiel du flux, avec une collecte nette de 50,6 milliards d’euros sur l’année. Le Livret A, lui, a subi une décollecte de 2,1 milliards d’euros — une inversion de tendance qui s’explique mécaniquement par l’évolution des rendements. En l’espace d’un an, entre février 2025 et février 2026, le taux du Livret A a été divisé par deux, rendant le produit nettement moins attractif face aux fonds euros, dont les rendements tournaient autour de 2,7 % en 2025, avec des offres boostées pouvant frôler les 4,5 % pour les contrats les plus compétitifs. Les unités de compte ont également bien performé, portées par la bonne tenue des marchés financiers : elles ont représenté 40 % de la collecte totale en assurance vie.
Deux facteurs structurels s’ajoutent aux raisons conjoncturelles. Le vieillissement de la population joue un rôle de premier plan : selon les données de l’INSEE, les personnes de 65 ans et plus ont pesé pour les deux tiers de la hausse du taux d’épargne entre 2023 et 2024, leur consommation n’ayant pas suivi la revalorisation de leurs pensions. Par ailleurs, les doutes sur l’avenir du système de retraite incitent de plus en plus d’actifs à se constituer un capital personnel. S’y ajoute une différence culturelle persistante avec les Américains : les Français réinvestissent massivement les gains tirés de leurs placements plutôt que de les consommer, ce qui gonfle mécaniquement le taux d’épargne financière d’année en année.
Un léger recul en fin d’année, la prudence reste de mise pour 2026
Le quatrième trimestre 2025 a marqué une légère inflexion. La consommation des ménages a progressé de 0,4 % sur la période, alors que leur pouvoir d’achat reculait de 0,3 %, ramenant le taux d’épargne de 18,3 % à 17,9 % du revenu disponible brut. Un mouvement limité, qui ne remet pas en question la tendance lourde de l’année.
Pour 2026, une nouvelle décrue semble probable, sans être garantie. La baisse des rendements des livrets et des produits de court terme devrait mécaniquement décourager certains flux d’épargne. Des achats différés depuis plusieurs années — automobile, équipement du logement — pourraient finalement être réalisés. La faible inflation, traditionnellement associée à une reprise de la consommation, plaide aussi dans ce sens. Mais les incertitudes géopolitiques persistent, le déficit public reste à un niveau préoccupant, et le chômage repart à la hausse. Dans ce contexte, le taux d’épargne devrait rester aux alentours de 17,5 % du revenu disponible brut — encore très loin du niveau d’avant-Covid.
La question qui se pose désormais est celle de l’allocation de cette épargne massive. Une part croissante s’oriente vers des supports investis en actions ou en fonds diversifiés, signalant un glissement progressif vers un financement direct de l’économie réelle. Si ce mouvement s’amplifie, il pourrait modifier en profondeur la structure du patrimoine financier des Français, longtemps dominé par des produits à capital garanti, et rapprocher progressivement le modèle hexagonal d’une logique d’investissement plus dynamique, à l’image de ce qui se pratique au Royaume-Uni ou aux États-Unis