La France évite une nouvelle dégradation : Fitch confirme son A+ malgré des finances publiques sous tension

C’est Fitch qui a ouvert ce printemps le bal des notations souveraines. L’agence américaine avait été la première, en septembre dernier, à abaisser la note de la France. Six mois plus tard, elle avait donc à nouveau son mot à dire. Le verdict, rendu vendredi 6 mars, a eu de quoi rassurer Bercy : la note A+ est maintenue avec perspective stable, au motif que la France dispose d’une économie diversifiée et d’un revenu par habitant supérieur à la médiane des pays classés dans cette catégorie.

Le soulagement est relatif. La décision de Fitch intervient alors que la France peine à enrayer la progression de sa dette publique, et l’agence avait déjà sanctionné Paris en septembre 2025 en invoquant l’instabilité politique et les difficultés à conduire une trajectoire budgétaire crédible. Cette fois, Fitch estime que la situation économique française, bien que fragile, ne justifie pas pour l’instant une nouvelle dégradation.

La croissance a joué en faveur de la France : elle a atteint 0,9% en 2025 au lieu des 0,7% initialement anticipés par le gouvernement. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a par ailleurs réussi à faire adopter un budget qualifié de compromis, avec le soutien des socialistes, en février dernier.

Un budget 2026 adopté au prix de concessions importantes

Ce vote du budget n’a pas été sans contreparties. Le déficit public inscrit dans la loi de finances s’établit à 5% du PIB, loin des 4,7% visés dans le projet initial, après 5,4% en 2025. Le gouvernement a dû lâcher du lest face à la gauche, notamment en suspendant la réforme des retraites.

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Pour Fitch, cette situation reflète un problème structurel : les marges de manœuvre politiques pour réduire rapidement les déficits apparaissent limitées, surtout à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. L’agence juge d’ailleurs que les négociations budgétaires à venir s’annoncent tout aussi compliquées, et qu’il existe peu de fenêtre pour accélérer l’assainissement des comptes publics avant le scrutin. Côté déficit, Fitch table sur 4,9% du PIB en 2026, légère amélioration par rapport à 2025, mais encore bien au-dessus de la médiane de 3,3% observée parmi les pays notés A.

La guerre au Moyen-Orient, une variable encore écartée de l’équation

Il est encore trop tôt pour que le conflit au Moyen-Orient soit intégré dans les calculs de l’agence. Le gouverneur de la Banque de France a reconnu que la situation géopolitique pourrait peser légèrement sur l’inflation et freiner la croissance, mais a écarté tout scénario de récession pour la France, soulignant que le contexte de 2026 diffère fondamentalement de celui de 2022, quand l’invasion de l’Ukraine avait fait flamber l’ensemble des matières premières. Un économiste de l’école de commerce IESEG note par ailleurs que la France bénéficie d’une protection relative grâce à son parc nucléaire, qui la rend moins vulnérable aux chocs sur les prix du gaz et du pétrole.

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Depuis la dégradation de septembre 2025, la France se retrouve au milieu du classement européen, au même niveau que la Belgique, l’Estonie ou Malte — loin des cinq États membres qui conservent encore un triple A, dont l’Allemagne, le Luxembourg et les Pays-Bas.

Les deux autres grandes agences ont encore à se prononcer : Moody’s le 10 avril, puis S&P Global Ratings le 29 mai. Cette dernière avait également ramené la note française à A+ à l’automne avec perspective stable. Moody’s, pour sa part, maintient toujours son classement Aa3, mais assortit ce rang d’une perspective négative, ce qui signifie qu’une prochaine dégradation reste envisageable.

Dans un contexte politique incertain et marqué par des tensions internationales, l’équilibre entre discipline budgétaire et soutien à l’économie s’annonce comme l’un des principaux défis des prochaines années. La France demeure sous surveillance : avec un déficit supérieur à la moyenne européenne et une dette publique largement au-delà des 110% du PIB, les prochaines évaluations dépendront en grande partie de la capacité de Paris à stabiliser ses comptes sans sacrifier la croissance.