Vos vacances en avion coûtent désormais 100 dollars de plus : la facture salée de la guerre en Iran

Un voyage Paris-New York alourdi de 129 euros rien qu’en carburant, un Barcelone-Berlin qui grimpe de 26 euros, des compagnies européennes qui prévoient déjà de faire passer l’addition aux passagers. Les chiffres publiés mardi par l’ONG Transport & Environment mettent des euros précis sur ce que beaucoup de voyageurs pressentaient en consultant les comparateurs depuis quelques semaines : la crise énergétique déclenchée par la guerre au Moyen-Orient est en train de redessiner le budget vacances de millions d’Européens.

L’étude compare les tarifs du kérosène au 16 avril à ceux en vigueur juste avant le déclenchement du conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, le 28 février. Bilan : un surcoût moyen de 88 euros par passager sur les vols long-courriers au départ de l’Europe, soit environ 104 dollars, et 29 euros sur les liaisons intra-européennes. Pour arriver à ces montants, l’organisation a calculé la consommation moyenne sur l’ensemble des vols partant du continent, puis divisé le total par le nombre de passagers transportés.

Un kérosène qui a tout simplement doublé depuis février

Le carburéacteur s’est installé durablement au-dessus des 100 dollars le baril depuis le début des hostilités. En Europe du Nord-Ouest, la tonne s’échange désormais autour de 1 700 dollars, soit environ deux fois et demie le prix moyen observé en 2025. Plusieurs facteurs expliquent cette flambée : le blocage quasi total du détroit d’Ormuz par les Gardiens de la Révolution iraniens depuis début mars, qui coupe l’un des principaux axes d’approvisionnement pétrolier mondial, l’arsenal de sanctions qui restreint l’offre disponible, et une spéculation financière qui amplifie les mouvements sur les marchés à terme.

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Pour les compagnies aériennes, l’impact est brutal. Le carburant, qui représentait environ 25 à 30% des coûts d’exploitation avant le conflit selon l’Association internationale du transport aérien, s’approche désormais des 45% chez certains transporteurs. Lufthansa, Ryanair et Air France-KLM avaient prévenu dès le mois de mars qu’une fermeture prolongée d’Ormuz les obligerait à répercuter la hausse sur les billets. La promesse est tenue : Air France a confirmé 100 euros supplémentaires sur un aller-retour long-courrier, tandis qu’Air France-KLM applique des surcharges carburant pouvant atteindre 319 euros sur ses vols transatlantiques.

Des annulations de vols déjà en cours et des pénuries qui se profilent

Au-delà du prix, c’est désormais la disponibilité des sièges qui commence à inquiéter. La compagnie scandinave SAS a annoncé la suppression d’au moins un millier de vols en avril. Le low-cost franco-espagnol Volotea a coupé plusieurs liaisons devenues non rentables, notamment vers la Corse. Lufthansa a fermé sa filiale régionale CityLine plus tôt que prévu et cloué au sol ses appareils les plus anciens et les plus gourmands. easyJet anticipe une perte avant impôts comprise entre 540 et 560 millions de livres pour son premier semestre fiscal 2026. Les compagnies les mieux couvertes par leurs contrats d’achat anticipé — Ryanair, easyJet, ou encore Swiss qui a sécurisé 80% de ses besoins 2026 via le hedging de Lufthansa — résistent mieux, mais cette protection s’érodera mécaniquement dans les mois à venir.

Le patron de l’IATA, Willie Walsh, a qualifié la situation d’inquiétante et n’écarte pas le scénario d’annulations de vols faute de carburant dès la fin du mois de mai en Europe. L’Italie a déjà mis en place un rationnement sur certains de ses aéroports. L’Union européenne doit publier ce mercredi des lignes directrices sur la gestion des stocks limités de kérosène, et Bruxelles étudie la suspension temporaire de certaines taxes sur les billets pour amortir le choc sur le pouvoir d’achat.

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Diane Vitry, qui pilote le pôle aviation chez Transport & Environment, met en garde contre la tentation d’accuser la réglementation environnementale européenne de plomber un secteur déjà fragilisé. Pour elle, la dépendance aux importations pétrolières est le vrai point faible révélé par cette crise, et non les lois qui cherchent à en sortir. L’ONG souligne d’ailleurs que les surcoûts liés à la flambée pétrolière dépassent largement ceux induits par la mise en conformité avec les politiques climatiques européennes, notamment le mandat d’incorporation de carburants durables à partir de 2030, que plusieurs transporteurs cherchent précisément à assouplir.

Cette séquence laisse entrevoir une recomposition durable de l’économie du transport aérien européen. Les voyageurs devront probablement composer avec une fenêtre estivale 2026 plus chère de 20 à 40% selon les projections de l’IATA, et surtout moins prévisible : réservations plus tardives, horaires volatils, routes allongées par l’impossibilité de survoler certaines zones. Le train tire son épingle du jeu sur les courtes et moyennes distances, les alternatives ferroviaires étant redevenues compétitives face à un kérosène qui ne redescendra probablement pas tant que le détroit d’Ormuz restera sous tension. À plus longue échéance, la crise pourrait paradoxalement accélérer les investissements dans les carburants aériens alternatifs et dans la production européenne de kérosène de synthèse, dossier jusqu’ici freiné par le coût élevé de ces solutions face à un pétrole bon marché. La souveraineté énergétique, souvent évoquée pour l’électricité et le gaz, s’invite désormais avec force dans le débat aérien.