Bitcoin : la cryptomonnaie peine à suivre l’envolée des métaux précieux

Depuis que la Réserve fédérale américaine a opté pour un assouplissement monétaire lors du symposium de Jackson Hole en août 2025, les marchés financiers connaissent des trajectoires contrastées. L’or, l’argent et le platine profitent pleinement de ce contexte favorable, dopés par trois réductions successives des taux directeurs. Le Bitcoin, en revanche, stagne et ne parvient pas à capitaliser sur cette vague de liquidités. Les analystes de CoinShares observent que cette situation rompt avec les corrélations habituelles entre la première cryptomonnaie et l’expansion monétaire mondiale.

La pression vendeuse exercée par les grands détenteurs pèse lourdement sur les cours. Depuis octobre dernier, ces acteurs majeurs se sont séparés de positions représentant 29 milliards de dollars. Ce mouvement correspond à un schéma récurrent identifié lors des précédents cycles : après chaque halving, une phase de distribution s’étend généralement sur six à neuf mois. Pendant ce temps, les investisseurs institutionnels ne compensent pas ces sorties. Les produits financiers adossés aux cryptomonnaies enregistrent même des retraits nets de 440 millions de dollars depuis janvier 2026.

Une rupture avec la croissance de la masse monétaire

L’évolution de la masse monétaire mondiale, mesurée par l’agrégat M2, avait longtemps servi de baromètre fiable pour anticiper les mouvements du Bitcoin. Cette relation s’est brisée ces derniers mois. Deux interprétations émergent : soit le marché réévalue en profondeur la nature de cet actif, soit un réalignement se produira lorsque les conditions de liquidité redeviendront plus claires. Les tensions internationales ajoutent une couche de complexité. Le Bitcoin oscille entre sa perception comme placement spéculatif et celle de réserve de valeur alternative, ce qui le fragilise lors des chocs géopolitiques. La montée des cours pétroliers et l’instabilité au Moyen-Orient poussent les investisseurs vers des refuges établis comme l’or plutôt que vers les cryptomonnaies.

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Le cadre législatif américain reste également dans le flou. Les espoirs suscités par le Clarity Act ne se sont pas concrétisés. Les débats autour de la fiscalité du staking s’enlisent sans qu’aucune avancée tangible ne se dessine. Une clarification réglementaire d’envergure paraît improbable avant le milieu de l’année 2026, ce qui entretient l’incertitude parmi les acteurs du secteur.

Des perspectives contrastées selon l’horizon temporel

À court terme, les mouvements de prix devraient rester imprévisibles et comprimés, avec une résistance marquée autour du seuil des 100 000 dollars. Les facteurs techniques et macroéconomiques actuels ne laissent pas présager de percée majeure dans l’immédiat. Mais à moyen terme, plusieurs éléments plaident pour un retournement. La phase de ventes massives des grands portefeuilles devrait toucher à sa fin vers mi-2026. Les corrélations historiques avec la liquidité mondiale suggèrent qu’un mouvement de rattrapage pourrait intervenir si ces liens se rétablissent.

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L’analyse révèle même un paradoxe stratégique : alors que l’or et les autres métaux précieux ont déjà largement intégré le virage accommodant des banques centrales, le Bitcoin affiche un retard qui pourrait se transformer en opportunité. Pour les investisseurs cherchant à se protéger contre la dépréciation des monnaies fiduciaires, la cryptomonnaie présente peut-être désormais un potentiel de valorisation supérieur à celui des actifs traditionnels, dont les cours reflètent déjà les anticipations monétaires.

Cette divergence entre Bitcoin et métaux précieux illustre la maturité progressive du marché des cryptomonnaies. Les cycles se complexifient, les acteurs se diversifient et les dynamiques ne se résument plus aux seules variations de liquidité. L’intégration croissante des cryptomonnaies dans les portefeuilles institutionnels et l’évolution des infrastructures financières redessinent progressivement le paysage. Les prochains trimestres détermineront si cette phase de consolidation débouche sur un nouveau cycle d’appréciation ou si les fondamentaux du marché ont durablement changé.