Carburant en France : pourquoi les pompes se vident et ce que ça annonce pour les semaines à venir

Fin mars 2026, trouver du carburant dans certaines régions françaises relève du parcours du combattant. Le nombre de stations-service en rupture a explosé en quelques semaines, passant d’une soixantaine fin février à près de 700 au 28 mars, selon les relevés du site prix-carburant.eu. Le diesel est le produit le plus touché, mais les essences SP95, SP98 et E10 connaissent aussi des tensions localisées.

La Haute-Garonne, les Bouches-du-Rhône et la Gironde figurent parmi les départements les plus affectés. À Toulouse, des automobilistes ont fait face à des stations entièrement vides le dernier week-end de mars. Le gazole est en première ligne, avec un taux de rupture trois fois supérieur à la normale d’après le site l’Automobiliste. Et la situation ne se limite pas au sud : la Seine-Maritime, le Bas-Rhin, le Nord ou encore le Loiret subissent également des difficultés d’approvisionnement.

Le plafonnement de TotalEnergies, un effet boomerang inattendu

L’une des causes directes de cette tension est liée au mécanisme de prix plafonné mis en place par TotalEnergies. Le 12 mars, le groupe a annoncé bloquer l’essence à 1,99 euro le litre et le gazole à 2,09 euros dans ses 3 300 stations métropolitaines, autoroutes et zones rurales comprises. Une mesure pensée pour protéger les automobilistes dans un contexte de flambée des cours du pétrole. Mais l’effet a été inverse sur le terrain : des centaines de milliers de conducteurs se sont rués vers les pompes TotalEnergies pour profiter de l’écart de prix avec les concurrents. Résultat, les capacités de stockage et les délais de livraison n’ont pas suivi. Selon les représentants de la filière, certaines stations ne disposent tout simplement pas de la logistique nécessaire pour absorber un tel afflux. La fédération Mobilians a d’ailleurs souligné que cette course au prix le plus bas provoque mécaniquement des ruptures dans les points de vente les plus sollicités.

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Ce phénomène de « plein préventif » ne se limite d’ailleurs pas aux stations TotalEnergies. Les enseignes Leclerc, Carrefour, Intermarché et Super U ont toutes signalé une affluence inhabituelle depuis le début du mois, dans un climat où les automobilistes redoutent autant la hausse des tarifs que la panne sèche.

La crise au Moyen-Orient, un facteur structurel derrière la flambée

Au-delà du comportement des consommateurs, le contexte international pèse lourd. Depuis début mars, la paralysie du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, par où transite une part considérable des exportations mondiales de pétrole et de gaz, a fait bondir le cours du Brent de plus de 13 %. Le baril a franchi la barre symbolique des 100 dollars le 11 mars, un seuil qui ne laisse rien présager de bon pour les prix à la pompe. La France, grande importatrice de diesel, est particulièrement exposée à ces variations. Le prix moyen du gazole dépassait déjà les 2,22 euros le litre à la fin mars.

Les départements d’outre-mer et la Corse font figure de territoires encore plus vulnérables, leur approvisionnement dépendant de chaînes logistiques plus longues et plus fragiles. À La Réunion, le préfet a annoncé fin mars un sans-plomb à 1,96 euro et un gazole à 1,77 euro au 1er avril, en justifiant cette hausse par la contraction de l’offre mondiale face à une demande toujours soutenue.

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Le gouvernement tente de contenir la situation. Une cellule de crise se réunit quotidiennement à Bercy sous la direction du ministre de l’Économie, et plusieurs réunions avec les distributeurs, les transporteurs et le monde agricole ont été organisées. Mesure exceptionnelle : une décision publiée au Journal officiel le 26 mars autorise à titre temporaire la commercialisation d’un gazole non conforme aux spécifications habituelles, moins résistant au froid, afin de fluidifier l’approvisionnement. Par ailleurs, la hausse de la contribution aux certificats d’économie d’énergie (CEE), passée de 11 à 16-17 centimes par litre depuis le 1er janvier 2026, ajoute une pression supplémentaire sur les tarifs, indépendamment de la conjoncture pétrolière.

À l’étranger, certains pays envisagent des mesures plus radicales. Le Royaume-Uni étudie des dispositifs de rationnement et une réduction des limitations de vitesse pour diminuer la consommation. En France, les autorités assurent que les stocks stratégiques sont suffisants et que les sources d’importation restent diversifiées, ce qui éloigne le spectre d’une pénurie généralisée à court terme. Mais si le conflit au Moyen-Orient devait se prolonger ou s’étendre, la marge de manœuvre pourrait se réduire rapidement. Le vrai risque, selon plusieurs analystes, n’est pas tant de voir toutes les pompes à sec du jour au lendemain, mais plutôt de subir une érosion durable du pouvoir d’achat automobile, avec un marché du carburant de plus en plus tendu et des ajustements tarifaires de moins en moins favorables aux consommateurs.