Fini le déplacement systématique chez le médecin-conseil. Depuis le 1er décembre 2025, l’Assurance Maladie a officiellement basculé vers un nouveau mode de contrôle des arrêts de travail : la visioconférence sécurisée. Ce dispositif, baptisé télécontrôle, ne remplace pas les vérifications existantes mais vient s’y ajouter, avec exactement les mêmes exigences et les mêmes enjeux pour les assurés. Autrement dit, l’écran ne change pas la rigueur du contrôle.
Le cadre d’application est relativement large : arrêts de travail pour maladie, accidents du travail, maladies professionnelles, et certaines demandes d’invalidité peuvent tous faire l’objet d’un télécontrôle. La démarche s’inscrit dans un contexte de hausse préoccupante des coûts liés aux arrêts maladie — la fraude aux indemnités journalières représenterait aujourd’hui environ 17 milliards d’euros par an pour la Sécurité sociale — et dans une volonté de moderniser les pratiques administratives.
Comment se déroule concrètement le télécontrôle ?
La procédure suit un calendrier précis en trois temps. Au plus tard deux jours avant le rendez-vous, l’assuré reçoit simultanément un e-mail et un SMS contenant la date, l’heure et les modalités de connexion. Ces coordonnées proviennent directement du compte Ameli — raison pour laquelle il vaut mieux s’assurer que les informations qui y figurent sont bien à jour. La veille du rendez-vous, un second rappel est envoyé par les deux mêmes canaux. Le jour J, l’assuré se connecte depuis l’appareil de son choix — smartphone, tablette ou ordinateur — et échange avec un médecin-conseil chargé d’évaluer si son état de santé correspond effectivement à ce qui est mentionné dans l’arrêt.
À l’issue de l’entretien, le médecin rend son avis. Si l’arrêt est jugé injustifié, l’assuré en est informé immédiatement, tout comme son médecin traitant. L’Assurance Maladie peut alors réclamer le remboursement des indemnités journalières perçues à tort — une conséquence qui peut être lourde selon la durée de l’arrêt concerné.
Peut-on refuser ce contrôle à distance ?
Oui, mais avec des limites. Un assuré qui ne souhaite pas participer à la visioconférence, ou qui ne dispose pas du matériel nécessaire, peut demander un rendez-vous en présentiel. La modalité à distance reste néanmoins privilégiée par l’Assurance Maladie, qui y voit une solution plus souple, moins contraignante pour les personnes à mobilité réduite, et plus cohérente avec ses engagements environnementaux en matière de réduction des déplacements.
Le dispositif avait été testé pendant trois mois dans trois régions pilotes — Normandie, Bourgogne-Franche-Comté et Occitanie — avant d’être étendu au reste du territoire. Les retours de la phase d’expérimentation ont été globalement positifs, avec près de 85 % des assurés contrôlés déclarant avoir été satisfaits du procédé. Il est aussi utile de rappeler que ce télécontrôle est distinct de la contre-visite patronale, que peut organiser un employeur de son côté : les deux procédures coexistent mais obéissent à des logiques différentes.
Cette évolution du contrôle médical s’inscrit dans un mouvement plus large de transformation de la gestion des arrêts de travail en France. En parallèle, un nouveau formulaire Cerfa renforcé, jugé très difficile à falsifier, est devenu obligatoire depuis juillet 2025 pour les arrêts papier. Ces mesures combinées témoignent d’une volonté de l’État de reprendre la main sur un poste de dépenses qui a fortement progressé en dix ans, tout en cherchant à alléger les démarches pour les assurés de bonne foi. La question qui se posera à terme est celle de l’équité d’accès : tous les assurés ne disposent pas du même confort numérique, et la généralisation de ces outils suppose que personne ne soit écarté du processus faute de connexion ou de matériel adéquat.