La première cryptomonnaie mondiale traverse actuellement sa plus longue période de baisse mensuelle depuis sept ans. Après avoir frôlé les 60 000 dollars ce 6 février, la principale monnaie numérique suscite des interrogations : s’agit-il d’un simple ajustement temporaire ou sommes-nous à l’aube d’un nouveau cycle baissier prolongé comparable aux effondrements de 2018 et 2022 ?
Depuis octobre dernier, la cryptomonnaie phare a abandonné plus de 45% de sa valeur. Le franchissement à la baisse du seuil psychologique des 60 000 dollars vendredi a provoqué une vague de panique sur les marchés. Ce quatrième mois consécutif de recul constitue la séquence baissière la plus longue enregistrée depuis 2018. Cette situation provoque des réactions contrastées : certains y voient une opportunité d’achat à prix réduit, tandis que d’autres constatent l’ampleur des pertes. Les liquidations ont atteint 2,7 milliards de dollars en seulement 24 heures. Les sociétés ayant placé leurs réserves en bitcoins enregistrent désormais des pertes latentes considérables qui menacent leur viabilité.
L’institutionnalisation modifie les règles du jeu
La cyclicité du bitcoin, longtemps considérée comme une caractéristique structurelle du marché, fait désormais débat parmi les analystes. Historiquement, les périodes baissières de 2018 et 2022 avaient validé cette théorie cyclique, largement influencée par les événements de halving qui propulsent le cours vers de nouveaux sommets avant d’enclencher une correction. Le dernier halving remonte à 2024, et le prochain n’interviendra qu’en 2028. Certains spécialistes estiment que le marché serait entré dans une phase baissière dès octobre 2025, après avoir atteint des records grâce au halving combiné aux ETF spot et à l’élection d’un président américain favorable aux cryptomonnaies.
Plusieurs voix s’élèvent néanmoins contre cette lecture cyclique. L’évolution du statut du bitcoin expliquerait cette rupture avec les schémas passés. Contrairement aux cycles de 2017 et 2021, où les particuliers dominaient les mouvements, les investisseurs institutionnels mènent désormais la danse. Cette transformation structurelle rend l’actif numérique sensible aux tensions macroéconomiques. Dans un contexte économique difficile, le bitcoin souffre, mais il ne bénéficie pas encore pleinement de son statut potentiel de valeur refuge lors des périodes favorables. Les ETF bitcoin spot, qui ont enregistré près de 1,49 milliard de dollars de retraits nets la semaine dernière, illustrent ce retournement des flux institutionnels.
Des différences notables avec les précédents krachs
L’ampleur de la baisse actuelle diffère sensiblement des corrections historiques. En novembre 2022, lors de l’effondrement de FTX, le bitcoin avait plongé jusqu’à 16 000 dollars, perdant 79% sur douze mois. Aujourd’hui, malgré la tempête, la première cryptomonnaie n’a reculé que de 36% sur un an. Les marchés baissiers de 2018 et 2022 avaient révélé des problèmes structurels majeurs : l’explosion de Terra Luna en 2022 avait fait perdre 40 milliards de dollars aux investisseurs et provoqué la faillite de FTX. Aucun événement comparable n’a marqué 2025 et 2026.
L’activité onchain raconte une histoire différente. Les stablecoins atteignent des niveaux record, et les acteurs professionnels continuent de déployer des capitaux significatifs. Malgré la chute des prix, l’industrie blockchain poursuit son développement. La finance décentralisée maintient une valeur totale verrouillée autour de 117 milliards de dollars, tandis que la tokenisation d’actifs réels progresse avec des marchés dépassant le milliard de dollars. Par ailleurs, plusieurs indicateurs techniques montrent que le marché atteint des zones de survente extrême : le RSI à 17 représente le troisième niveau le plus bas de l’histoire du bitcoin, et le Fear and Greed Index est tombé à 5, signalant une peur extrême.
La situation actuelle s’apparente davantage à une phase de transition liée au nouveau statut du bitcoin qu’à un véritable marché baissier. Les altcoins, en revanche, traversent bel et bien un bear market depuis novembre 2024, sans jamais surperformer le bitcoin. Ethereum a perdu 64% depuis son sommet d’août, tandis que Solana et XRP subissent également de fortes pressions vendeuses. L’effet de levier massif utilisé sur les marchés dérivés a amplifié les mouvements baissiers : plus d’un milliard de dollars de positions ont été liquidées, créant un cercle vicieux de ventes forcées. Les teneurs de marché d’options, fortement positionnés en gamma négatif entre 60 000 et 75 000 dollars, ont dû vendre massivement pour rééquilibrer leurs couvertures, accélérant ainsi la chute.