Le printemps ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices pour les candidats à l’accession. Après une phase d’accalmie observée fin 2025, les taux de crédit immobilier repartent à la hausse depuis le début de l’année 2026. Mois après mois, les barèmes bancaires se tendent, et mars ne fait pas exception. Selon les données de l’Observatoire Crédit Logement/CSA, le taux moyen des prêts accordés atteint désormais 3,25 % sur 20 ans hors assurance, contre 3,06 % au milieu de l’année 2025. La progression reste mesurée — une vingtaine de points de base en neuf mois — mais elle suffit à modifier les plans de financement de milliers de ménages.
L’inversion de tendance remonte à septembre 2025. Entre juin et décembre, les taux ont grimpé de 11 points de base, terminant l’année à 3,16 %. Puis le mouvement s’est accéléré en ce début 2026, avec quatre points de hausse en janvier suivis de cinq en février. Les courtiers constatent que les grilles tarifaires reçues des banques en mars prolongent cette trajectoire, même si certains établissements tentent de freiner la hausse pour ne pas décourager les acheteurs du printemps.
Deux facteurs principaux expliquent cette remontée. D’abord, la politique monétaire européenne : la BCE maintient une posture prudente face à une inflation qui reste au-dessus de son objectif. Ensuite, le rendement des OAT françaises à 10 ans, référence utilisée par les banques pour calibrer leurs barèmes, est reparti à la hausse depuis le début de l’année. Les débats budgétaires à répétition à Paris n’ont rien arrangé : fin décembre 2025, l’OAT 10 ans avait dépassé les 3,6 % dans un contexte d’incertitude lié à l’absence prolongée de budget voté.
Des mensualités en hausse et une capacité d’emprunt rognée
Concrètement, le recul du pouvoir d’achat immobilier se traduit de manière très directe. Avec la règle du taux d’endettement plafonné à 35 %, même une hausse modérée peut réduire la capacité d’emprunt de certains ménages et les contraindre à viser un bien moins cher ou à renforcer leur apport personnel. Les données de CAFPI le confirment à l’échelle locale : pour une mensualité de 1 000 € sur 25 ans, les Lyonnais gagnent certes quelques décimètres carrés par rapport au mois précédent, mais d’autres villes comme Lille ou Reims voient leur pouvoir d’achat reculer sous l’effet combiné de la hausse des taux et de la progression des prix.
Pour compenser ce renchérissement, les banques continuent d’allonger la durée des prêts. En février 2026, la durée moyenne atteignait 252 mois, soit 21 ans, avec des crédits pouvant aller jusqu’à 264 mois dans le neuf. L’allongement de la durée reste le principal levier utilisé par les établissements pour maintenir des mensualités supportables, mais il alourdit mécaniquement le coût total du crédit. On note d’ailleurs une évolution dans la structure des prêts : la part des emprunts de 25 ans et plus recule à 48,8 % contre 54,1 % un an plus tôt, tandis que la tranche 20-25 ans progresse.
Les candidats au rachat ou à la renégociation de crédit, qui avaient pu espérer une fenêtre de tir en 2024-2025, se retrouvent eux aussi pénalisés. Avec des barèmes en remontée, l’opération perd son intérêt financier dans la plupart des cas. Le volume de renégociations tend à se réduire, les écarts entre ancien et nouveau taux n’étant plus suffisants pour couvrir les frais de dossier et les indemnités de remboursement anticipé.
Les banques restent offensives, mais de plus en plus sélectives
Malgré ce contexte moins favorable, le marché du crédit ne s’est pas grippé. La production de prêts immobiliers progressait encore de 25,4 % sur un an en février 2026, et le nombre de crédits accordés affichait une croissance de 33,4 % en rythme annuel glissant. Les établissements bancaires, qui gardent des objectifs de conquête ambitieux, ne veulent pas lâcher le terrain. Le marché est actuellement porté par les primo-accédants, qui représentent environ un emprunteur sur deux d’après le Haut Conseil de stabilité financière. Pour séduire cette clientèle, les banques multiplient les offres complémentaires : prêts bonifiés, enveloppes « coup de pouce », frais de dossier réduits, le tout en complément du PTZ et des dispositifs d’Action Logement.
Reste que les critères d’acceptation des dossiers se durcissent. Le taux d’endettement, la stabilité professionnelle et surtout l’apport personnel pèsent de plus en plus dans la balance. Les ménages modestes disposant d’un apport limité ont plus de mal à accéder au crédit, alors même que le coût moyen des opérations immobilières a progressé de 4,3 % sur un an. Les établissements observent une forme de décorrélation partielle entre l’OAT et les taux proposés aux particuliers, signe que les banques acceptent de rogner leurs marges pour rester compétitives, mais cette stratégie a ses limites.
Les mois qui viennent s’annoncent déterminants. Avec l’adoption du budget de l’État et le repli de l’OAT 10 ans sous les 3,40 %, certains courtiers estiment que les taux pourraient se stabiliser au printemps, voire amorcer un léger recul si les conditions de refinancement s’améliorent. Mais cette hypothèse repose sur un scénario de calme politique et financier qu’un regain de tensions internationales ou une nouvelle poussée inflationniste pourrait rapidement invalider. L’instabilité politique française et le contexte géopolitique mondial restent des facteurs de fragilité susceptibles de relancer la hausse des coûts de financement à tout moment.