Pétrole sous les 90 dollars : la chute-surprise qui pourrait enfin soulager les automobilistes français

Vendredi 17 avril 2026 a marqué un tournant sur les marchés de l’énergie. En l’espace de quelques heures, le baril de Brent a perdu près de 10 %, repassant sous la barre symbolique des 90 dollars pour la première fois depuis plus d’un mois. Le déclencheur : une déclaration du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, annonçant sur X la réouverture totale du détroit d’Ormuz aux navires commerciaux pendant la durée du cessez-le-feu en cours au Moyen-Orient.

À la clôture européenne, le Brent pour livraison en juin s’échangeait autour de 90,38 dollars, en recul de 9,07 %. Son équivalent américain, le WTI, plongeait davantage, à 83,85 dollars, soit une chute de 11,45 %. Ces niveaux n’avaient plus été observés depuis le début du mois de mars, au moment où le conflit déclenché le 28 février par les frappes américano-israéliennes en Iran avait précipité les cours au-dessus de 119 dollars le baril.

L’annonce iranienne a été perçue par les salles de marché comme le premier véritable signal de désescalade depuis le début des hostilités. Pour les analystes d’Interactive Brokers et de Lipow Oil Associates, interrogés par l’AFP, le pire de la crise géopolitique semble désormais écarté, même si aucun accord de paix définitif n’a été signé entre Washington et Téhéran. Le cessez-le-feu entre les deux pays, officiellement en vigueur, expire théoriquement le 22 avril, ce qui maintient une part d’incertitude sur la suite.

Un mouvement qui se propage bien au-delà du seul marché pétrolier

La respiration a été immédiate sur les Bourses européennes. Paris a gagné 1,97 % sur la séance, Francfort 2,27 %, Milan 1,75 % et Londres 0,73 %. À New York, le S&P 500 a atteint un nouveau sommet historique à 7 126 points, porté par la perspective d’un allègement durable de la facture énergétique mondiale. Les valeurs aériennes, chimiques et industrielles, particulièrement pénalisées depuis le début du conflit, ont été les principales bénéficiaires du mouvement.

Les effets se sont aussi fait sentir sur les marchés obligataires. Le rendement du Bund allemand à dix ans, référence en zone euro, est repassé sous la barre des 3 %, à 2,97 %, contre 3,03 % la veille. L’OAT française a suivi, tombant à 3,59 %. Aux États-Unis, le taux à dix ans est revenu à 4,24 %. Ces reflux traduisent un allègement des craintes inflationnistes qui s’étaient réinstallées depuis mars, au moment où les cours du brut flirtaient avec les 120 dollars et où certains économistes évoquaient un scénario de stagflation en zone euro. Seul le dollar, qui s’était renforcé à la faveur du conflit, a connu une journée de montagnes russes avant de reprendre un peu de terrain face à l’euro en fin de séance.

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Le détroit d’Ormuz, rappelons-le, concentre à lui seul près de 20 % du commerce mondial d’hydrocarbures, avec quelque 13 millions de barils transitant chaque jour par ses eaux. Sa paralysie quasi totale depuis fin février avait entraîné l’ancrage de plus de 150 pétroliers en dehors du détroit, contraint plusieurs compagnies maritimes à suspendre leurs rotations, et provoqué la plus grave rupture d’approvisionnement énergétique depuis les chocs pétroliers des années 1970.

La prudence reste de mise sur un dénouement durable

La normalisation ne se décrétera toutefois pas en un jour. Plusieurs infrastructures gazières et pétrolières du Golfe ont été endommagées pendant le conflit, à commencer par la raffinerie qatarie de Ras Laffan, premier site mondial de production de GNL, touchée le 2 mars. Les spécialistes estiment qu’il faudra plusieurs mois avant un retour à la normale des flux, et dans le cas de certains sites stratégiques, entre trois et cinq années de travaux de remise en état. Le blocus américain des ports iraniens demeure par ailleurs pleinement opérationnel, Donald Trump ayant précisé sur Truth Social qu’il ne serait levé qu’une fois la totalité des points de négociation avec Téhéran finalisée.

Cette confusion persistante a rapidement rattrapé l’optimisme initial. Le lendemain même de l’annonce, samedi 18 avril, l’Iran a indiqué reprendre le « strict contrôle » du détroit en réaction au maintien du blocus américain, rouvrant la porte à de nouvelles tensions sur les cours. Les pétroliers et assureurs, échaudés par deux mois de crise, restent d’ailleurs réticents à reprendre massivement la route du détroit sans garanties solides, notamment sur la couverture des risques de guerre qui avait été suspendue dès le 5 mars.

Pour les consommateurs français, la détente observée sur les marchés commence malgré tout à se matérialiser. Le litre de gazole s’établissait à 2,273 euros en moyenne nationale mi-avril, en recul d’environ neuf centimes sur une semaine. Le sans-plomb 95-E10 suivait la même trajectoire, à un rythme légèrement plus rapide en raison d’une exposition moindre au gazole importé du Proche-Orient, dont la France tire 29 % de sa consommation. Bercy entend désormais accélérer cette répercussion et a brandi la menace d’un décret d’encadrement des marges, présenté comme un outil de dissuasion à l’égard des distributeurs. La ministre déléguée à l’Énergie, Maud Bregeon, a rappelé dans la presse qu’en quelques jours, le baril était passé de 115 à moins de 90 dollars, et que la baisse devait se lire rapidement à la pompe. Le ministre du Commerce, Serge Papin, a de son côté évoqué dans le Journal du Dimanche la métaphore d’un médecin qui prépare ses instruments sans nécessairement avoir à s’en servir.

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Un plan de soutien au transport routier, doté de 50 millions d’euros et publié au Journal officiel le 18 avril, est par ailleurs entré en vigueur dans la foulée. Il prévoit une aide modulable en fonction du type de véhicule, avec un plafond de 60 000 euros par entreprise, à destination des sociétés de moins de 1 000 salariés exerçant dans le transport de marchandises, le transport de voyageurs par autocar ou le transport sanitaire. Une reconduction en mai est à l’étude, tandis que les pêcheurs et les agriculteurs bénéficient de dispositifs parallèles, notamment un remboursement de 20 centimes par litre de gazole marin et une exonération de droit d’accise sur le gazole non routier.

Au-delà du court terme, cette nouvelle flambée suivie d’une correction brutale alimente les réflexions sur la dépendance énergétique européenne. La France importe aujourd’hui 51 % de son gazole et une part significative de son GNL via la route du Golfe, ce qui l’expose mécaniquement à chaque soubresaut régional. L’épisode de 2026 aura probablement un effet d’accélérateur sur plusieurs chantiers : relance des discussions autour des stocks stratégiques européens, accélération de l’électrification du parc automobile, réflexion sur la diversification des approvisionnements via les terminaux GNL de la façade atlantique, et remise sur la table du dossier des biocarburants, dont l’E85, produit à partir de betteraves et de céréales françaises, a démontré une nouvelle fois sa résilience face aux chocs pétroliers. La volatilité des cours du brut, qui ont oscillé entre 67 et 119 dollars en moins de deux mois, pèsera durablement dans les arbitrages budgétaires comme dans les choix industriels à venir.