Pour la cinquième séance consécutive, la Banque centrale européenne n’a pas bougé ses taux lors de sa réunion jeudi. Le taux de dépôt demeure ancré à 2 %, niveau établi depuis juin dernier, tandis que le monde financier continue de surveiller les remous provoqués par la monnaie unique qui monte en puissance face au billet vert américain.
L’institut de Francfort estime que les prix retrouveront leur trajectoire cible de 2 % dans les trimestres à venir. L’activité économique tient bon dans la zone euro malgré le climat international tendu, portée par la robustesse de l’emploi, la vigueur du secteur privé et les investissements budgétaires massifs dans la défense et les infrastructures. Les précédentes réductions de taux commencent également à produire leurs effets sur l’économie réelle.
L’euro fort devient un casse-tête pour Francfort
La hausse spectaculaire de la monnaie unique représente désormais un facteur délicat dans l’équation monétaire. Fin janvier, l’euro a franchi la barre symbolique de 1,20 dollar, un niveau inédit depuis plus de quatre ans, avant de se stabiliser autour de 1,18 dollar. Cette progression de près de 15 % sur douze mois transforme mécaniquement les conditions économiques : les achats de matières premières libellées en dollars comme le pétrole ou le gaz naturel liquéfié deviennent moins onéreux pour les entreprises européennes.
Ce phénomène accentue les pressions à la baisse sur les prix au moment même où l’inflation janvier a chuté à 1,7 % en rythme annuel contre 2 % le mois précédent, passant sous l’objectif visé par la banque centrale. Cette situation commence à agiter les milieux économiques. Plusieurs responsables de banques centrales nationales ont publiquement évoqué la nécessité de surveiller ces évolutions monétaires. Certains vont jusqu’à envisager qu’une poursuite de cette tendance haussière pourrait forcer l’institution à reconsidérer sa stratégie d’ici quelques mois.
Politique de l’expectative face aux turbulences américaines
Les turbulences outre-Atlantique compliquent encore le tableau. Les sorties intempestives de Donald Trump contre la Réserve fédérale, ses menaces géopolitiques sur le Groenland et les soubresauts politiques au Venezuela ont secoué les marchés financiers ces dernières semaines. La perspective d’une nomination à la tête de la Fed d’une personnalité favorable à un resserrement monétaire a temporairement calmé les ardeurs de la monnaie européenne.
Dans ce contexte volatil, l’institut de Francfort adopte une posture prudente. Sans nouvelles projections économiques détaillées à portée de main avant la réunion de mars, les analystes anticipent que Christine Lagarde continuera de tenir un discours mesuré, confirmant une surveillance attentive sans s’engager sur des seuils précis qui déclencheraient automatiquement des ajustements de politique monétaire.
L’approche actuelle consiste à laisser filer les événements tout en gardant l’ensemble des options ouvertes. Les marchés financiers n’anticipent d’ailleurs qu’un ajustement minime des taux sur l’ensemble de 2026, certains prévisionnistes envisageant une ou deux baisses au maximum, et uniquement si la situation l’exige vraiment. La Banque d’Angleterre a d’ailleurs suivi une trajectoire similaire en maintenant son principal taux à 3,75 % malgré quelques signaux de reprise économique.
Les prochaines semaines seront déterminantes pour observer si l’appréciation monétaire se poursuit ou si elle s’estompe naturellement. L’équilibre entre soutien à la croissance et ancrage des anticipations inflationnistes reste délicat, d’autant que l’économie européenne bénéficie actuellement du plan d’investissement massif allemand dans les infrastructures. Cette dynamique budgétaire expansionniste pourrait compenser partiellement les effets déflationnistes d’une monnaie trop forte, permettant à la banque centrale de temporiser avant toute intervention majeure sur ses leviers monétaires.