L’or décroche de 20 % en quelques jours : ce que les investisseurs n’avaient pas vu venir

Le métal jaune traverse une séquence que peu d’opérateurs de marché avaient anticipée. En neuf séances consécutives de repli, le cours de l’or au comptant est passé sous la barre des 4 200 dollars l’once ce lundi 23 mars, affichant un recul de plus de 7 % sur la seule journée. Par rapport au sommet historique inscrit le 29 janvier dernier, à près de 5 595 dollars, la perte dépasse désormais 20 %. Sur la semaine écoulée, le plongeon atteint environ 11 %, soit la pire performance hebdomadaire enregistrée par le métal précieux depuis février 1983, d’après les données compilées par Reuters. En 53 jours, la destruction de valeur à l’échelle mondiale est estimée à quelque 8 700 milliards de dollars, en tenant compte de l’ensemble des produits indexés, des ETF aurifères et des positions institutionnelles.

Ce mouvement est d’autant plus frappant qu’il se produit dans un environnement de guerre ouverte au Moyen-Orient, un type de contexte géopolitique qui, historiquement, pousse les capitaux vers l’or. Depuis les frappes américano-israéliennes contre l’Iran lancées fin février, le conflit est entré dans sa quatrième semaine. Le détroit d’Ormuz, passage maritime par lequel transite environ un cinquième du pétrole et du gaz mondial, fait l’objet d’un bras de fer direct entre Washington et Téhéran. L’administration Trump a posé un ultimatum pour la réouverture de cette voie, brandissant la menace de frappes sur les centrales électriques iraniennes. En retour, les autorités iraniennes ont prévenu qu’elles cibleraient les infrastructures énergétiques, hydrauliques et informatiques des pays voisins, et menacé de miner l’intégralité des eaux du Golfe persique.

Le pétrole monte, l’or descend : le paradoxe expliqué par les taux

Le brut Brent s’est maintenu au-dessus de 100 dollars le baril au cours des dernières semaines, une envolée directement alimentée par les perturbations autour d’Ormuz et les destructions d’infrastructures pétrolières. Or, au lieu de soutenir le métal jaune, cette flambée énergétique a produit l’effet inverse. Le mécanisme est assez limpide : le renchérissement du pétrole alimente les anticipations d’inflation durable, ce qui pousse les marchés à revoir complètement le scénario de politique monétaire. Lors de la réunion du FOMC du 18 mars, la Réserve fédérale a signalé qu’une seule baisse de taux était envisageable en 2026, contre deux précédemment. Le dot plot mis à jour a constitué une surprise restrictive qui a heurté de plein fouet les actifs non rémunérés. Le dollar s’est raffermi, l’indice DXY grimpant vers les 100 points, tandis que le rendement du 10 ans américain est remonté à 4,2 %. La BCE, la Banque d’Angleterre et la Banque du Japon ont également maintenu leurs taux inchangés la semaine dernière, tout en laissant entendre que de nouveaux tours de vis restaient possibles si les pressions inflationnistes persistaient. D’après l’outil FedWatch du CME, les marchés intègrent désormais une probabilité de 50 % pour un relèvement des taux de la Fed d’ici octobre.

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Dans un tel environnement, les obligations offrent des rendements réels redevenus attractifs. L’or, qui par nature ne distribue ni coupon ni dividende, perd de son attrait relatif. Ce raisonnement n’est pas nouveau — il avait déjà joué lors des épisodes de 2008, 2020 et 2022 — mais la rapidité de la correction actuelle a pris de court la majorité des intervenants.

Des ventes forcées qui amplifient la spirale baissière

Au-delà de la mécanique des taux, un phénomène de liquidations en cascade a accentué le mouvement. Quand les marchés actions corrigent violemment et que la volatilité explose, des investisseurs institutionnels se retrouvent contraints de solder leurs positions sur l’or pour répondre à des appels de marge ou compenser des pertes subies ailleurs dans leurs portefeuilles. L’annonce du déploiement par le Pentagone de trois navires de guerre supplémentaires et de milliers de Marines au Moyen-Orient a encore accentué cette nervosité. La liquidité du métal, habituellement un avantage, se retourne dans ces moments-là contre lui : c’est précisément parce qu’il est facile à vendre que les gérants l’utilisent comme variable d’ajustement.

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Les autres métaux précieux ont suivi le même chemin. L’argent a abandonné plus de 8 % pour revenir autour de 62 dollars l’once, le platine a cédé près de 8 % et le palladium a reculé de 4 %. Les minières aurifères ont également décroché, avec des baisses hebdomadaires de 6 à 7 % sur les principaux ETF du secteur.

Le schéma actuel rappelle ce qui s’était produit dans les premières semaines de la guerre en Ukraine en 2022 : l’or avait d’abord bondi de 12 % avant de corriger brutalement de 10 %. Fin février 2026, lors du déclenchement des frappes en Iran, le cours avait brièvement flambé avant de s’engager dans une descente quasi continue. Certains stratégistes estiment que ces phases de purge créent en réalité des points d’entrée pour les investisseurs à horizon long. La demande structurelle des banques centrales, notamment en Chine et dans plusieurs pays émergents, n’a pas disparu. Si le conflit venait à se stabiliser ou si l’inflation reculait suffisamment pour que les banques centrales retrouvent des marges de manœuvre sur les taux, le métal pourrait reprendre son rôle traditionnel de protection patrimoniale. En attendant, la dynamique reste dictée par le triptyque dollar fort, taux orientés à la hausse et besoin de liquidité immédiate — trois forces qui, pour l’heure, neutralisent le statut de valeur refuge de l’or.